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Le blog Culture-Clash, comme Radio Clash, l'émission que nous réalisons et que vous pouvez écouter en direct, via internet, tous les jeudis soirs, de 20h à 21h, (www.beaubfm.org), donnent la parole à ceux qui luttent contre le capitalisme. Ces luttes sont souvent partielles et eclatées, nous avons donc besoin de construire des outils concrets de solidarité entre nous, nous devons également apprendre des luttes révolutionnaires présentes ou passées pour définir ce que nous voulons et ce que nous ne voulons plus.
Réagissez, contactez-nous, écrivez nous, c'est ensemble que nous pourrons construire une politique au service des exploités,  une politique qui mène de la résistance à la révolution.
Jeudi 22 octobre 2009 4 22 /10 /2009 15:02
- Publié dans : Histoire
Si le patronat de l'automobile a décidé d'éclater les grandes concentrations ouvrières de l'après-guerre, c'est pour augmenter ses profits mais c'est aussi pour saper les bases de la combativité des travailleurs de ce secteur.

Partout en Europe, les ouvriers de l'automobile ont été à l'avant-garde des luttes qui ont émaillé les années 60 et 70.
On peut citer les exmples français de Renault, de Peugeot et de Citroen ou l'exemple italien de Fiat.

Dans l'hexagone, en 1968, c'est une répression féroce, largement passée sous silence, qui s'est abattue sur les ouvriers qui refusait de reprendre le travail.

Le texte qui suit raconte la véritable insurrection des travailleurs de Peugeot à Sochaux, elle fera deux morts chez les travailleurs : Henri Blanchet et Pierre Beylot. Il a été publié le 13 juin 1968 par des militants de l'Union des jeunesse communistes (marxiste-léniniste)* présents sur place.


Les accords de trahison de Grenelle ont été conclu. A Sochaux comme partout ailleurs, les travailleurs n'ont rien obtenu. Peugeot veut leur faire rattraper le temps perdu. 20 voitures de plus par jour, récupération du prêt patronal le samedi. 5000 ouvriers ont voté la reprise à 100 voix près seulement. Les ouvriers occupent l'usine à nouveau pour lutter contre les cadences infernales et obtenir l'indemnisation à 100% non récupérable. Les membres du comité de grève jurent partout avoir arraché au préfet la promesse que les CRS n'interviendraient pas.

Ce prétendu pacte de non agression est en fait l'arme dont ils vont jouer pour démobiliser au maximum : les piquets sont dégarnis, seulement 6 gars à certaines portes, et puis, sous prétexte de ne pas les fatiguer, ils manigancent un décalage d'horaires de une heure pour la relève. Inutile de dire que ce sera le moment choisi pour l'attaque des CRS. Il faut dire que chez Peugeot, la CFDT est majoritaire, les délégués sont un peu spéciaux.

Ici, le délégué s'occupe directement du flicage dans l'usine. Il pointe lui-même le dimanche les ouvriers qui vont à l'église. Pour la CGT, ce n'est pas mieux, puisque les délégués actuels sont les rescapés de l'épuration du 1965 (23 ouvriers et 5 délégués CGT licenciés); ce sont ceux qui ont accepté de travailler main dans la main avec le patron.
A 3 heures moins dix, les CRS passent à l'attaque. Les jeunes travailleurs du piquet les attendent de pied ferme. De puissantes lances à incendie sont mises en action, balayant les entrées. Les délégués du comité de grève s'affolent : ils n'avaient pas prévu le coup.

Ils craignent les provocations (!), ils décident donc de fermer les vannes d'alimentation d'eau. Les palabres ne suffisaient plus pour briser les luttes, ils n'ont pas hésité à poignarder les travailleurs dans le dos... Les ouvriers se replient sur Sochaux et Montbéliard, le long de la route et dans l'usine.

Entre 6h et 9h du matin, le combat atteint son paroxysme. Les CRS ont investi les ateliers des pièces détachées; ils sont planqués derrière les portes metalliques et balancent par dessus des grenades au chlore, offensives, lacrymogènes. Mais les travailleurs parviennent à enfoncer la porte. Les CRS, terrorisés, se ruent vers leurs commands-cars pour s'y mettre à l'abri.

L'un d'eux, abandonné, abat sauvagement d'une balle de PM un jeune travailleur de 23 ans qui se baissait pour ramasser une pierre. Quant à l'autre, tombé tout seul d'un mur selon la presse du mensonge, il a été projeté par une grenade et tué. Les grévistes renversent un command-car, y mettent le feu et s'emparent des armes et des munitions.
Les combattants se replient vers Montbéliard. Dès qu'ils pénètrent dans la ville, la situation change. Les CRS sont obligés de distendre leur front, de se disperser dans les rues qu'ils ne connaissent pas et où la population soutient les grévistes et participe au combat.

Sous le pont de chemin de fer de Montbéliard, la résistance s'organise. Des bobines de câble sont couchées, un camion est mis en travers et incendié, on commence à dépaver. Du haut de la voie ferrée, les combattants harcèlent les CRS, avec les cailloux du ballast. Les frondes entrent en action, les vitrines d'exposition de Peugeot volent en éclats, les CRS s'effondrent.

Finalement, sous la pression des masses, le préfet de Besançon demande aux CRS de se retirer. Bonne aubaine pour les municipalités des socialos et les pontes de l'UD, qui tentent de rafler quelques voix de plus aux élections législatives, en se présentant comme les sauveurs du peuple.

Dare dare, le PCF édite un tract de calomnies signé Serge Paganelli. Selon lui, comme à Flins, sans doute certains éléments provocateurs, étrangers au mouvement, ont accentué le climat provocateur. les ouvriers ont compris, ils font des petits morceaux avec le tract et se remplissent les poches de cailloux...

Vers 3h, les CRS commencent à se replier. Ils reculent en troupeaux, la tête basse, sous les huées et les sifflets de la population de Montbéliard qui les raccompagne. De temps en temps, un caillou fait tinter un casque. Ils s'amassent maintenant le long de la voie ferrée par petits groupes confus.

Ils ne sont pas fiers vus de près, les CRS, encombrés de tout leur attirail de boucliers, sacs à grenades et rembourrages, eux qu'un caillou anéantit à 50 mètres! Ouvriers et ouvrières, enfants et vieux, les fixent sans crainte; eux ils baissent le regard ou bien font volte face.

Il sont maintenant complètement noyés dans la foule qui scande «CRS = SS». Une femme se détache, elle vient sous leur nez, les pointe du doigt, se retourne pour prendre les masses à témoin; elle explique sa haine pour ceux qui retournent leurs armes contre le peuple.

L'un d'eux, un ancien mineur, tout gauche, tente de se disculper : «ce n'est pas de notre faute, on nous paye pour cela; c'est comme vous, on vous paye pour construire des voitures».
Un ouvrier leur donnera la clef du problème : « A Sochaux, c'est des coriaces, laisse tomber tes armes et ton barda, rentre chez toi et cherche- toi un autre boulot ».

Soumis à la critique des larges masses, et vu le rapport de forces qui leur est défavorable, certains CRS sont réellement ébranlés. Mais un supérieur, d'un geste, coupe court au dialogue. Les combats ont recommencé. De grandes lueurs, suivies d'explosions violentes, trouent la nuit. Au cours de l'ultime vague d'assaut, les CRS lanceront 600 grenades offensives.

Mais les travailleurs ne se laissent pas intimider : ils savent que ces grenades sont peu efficaces contre des combattants disséminés. Du grand arrière de Montbéliard, la population afflue. Les vieux travailleurs qui se sont battus ici-même en 1936, viennent voir avec leurs femmes comment l'attaque se déroule. Certains d'entre eux parlaient ce matin, avant l'ordre de retrait des CRS, d'aller chercher leur fusil.

Une milice de trente travailleurs était déjà prévue pour réquisitionner l'armurerie locale. Les vieux conseillent les jeunes et renforcent leur résolution. Certains ont leur fils ou leur fille en première ligne et ils en sont fiers. La première ligne est mouvante et s'adapte très rapidement aux circonstances et au terrain qu'elle connaît.

Dans la bouche de tous les travailleurs, les CRS sont comparés aux yankees brutaux et stupides du Vietnam. Les 5.000 travailleurs sont déterminés à opposer la lutte des masses jusqu'au bout contre la violence réactionnaire. La situation devient intolérable pour les CRS maintenant, ils reculent et tout le monde sait que ce n'est pas grâce à l'ordre du préfet.

Sous les coups des frondes, les CRS s'écroulent, ils doivent se replier sur l'hôtel Peugeot où se trouve installé leur QG. Ils commencent à vider les lieux en vitesse dans leur commands- cars. Terrorisés, les CRS des trois derniers cars font pleuvoir sur la foule leurs dernières grenades. Ils se rendent ainsi coupables d'un nouveau crime : un enfant a eu la jambe arrachée par une grenade.

La presse bourgeoise commente à sa façon la prise de l'hotel par les grévistes; elle parle de pillages, de dévastation... évidemment, elle n'expliquera jamais la signification du combat, de sa conclusion, lorsque les travailleurs seront passés maîtres du repaire à la vermine d'espions et de cadres fascistes.

Peugeot vole à chaque ouvrier environ 1.200.000 francs anciens de profits par ans. Aussi les ouvriers n'ont pas été demander la permission pour se servir dans les caves, regorgeant de foie gras et de mousseux pour les banquets des patrons, de même, ils ne lui présenteront pas leurs excuses pour avoir sali les moquettes.
Maintenant que le front a fait la place nette, les arrières-lignes se rapprochent. Les combattants organisent une chaîne ininterrompue de bouteilles qu'ils passent à l'extérieur par les soupiraux des caves. En un temps record, des milliers de litres sont ramenés sur Montbéliard, dans un grand climat de liesse. La révolution populaire, c'est la fête des opprimés.

Sur un mur de l'usine, des travailleurs ont peint en lettres gigantesques : «Le lion est mort»


*L’Union des jeunesses communistes marxistes-léninistes, UJC (ml), raccourcie UJ, est une organisation maoïste fondée le 10 décembre 1966 par une centaine de militants exclus de l'Union des étudiants communistes (UEC), pilotée par le PCF. Dissoute par l'Etat le 12 juin 1968, elle donnera naissance à la Gauche prolétarienne.
Par Culture Clash
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Pourquoi culture clash?

avatar-blog-1150193706-tmpphpqBtchOPourquoi culture clash? Internet déborde déjà d’une multitude de blogs qui décrivent chacun leur petite parcelle de réalité... on s’y raconte, on s’y rencontre et on s’y met en scène. Le capitalisme a compris depuis longtemps que la libre circulation des «opinions» ne le menace pas. Dans les faits, il s’agit simplement de masquer la brutalité de l’idéologie dominante, de ce qui fonde la reproduction du système dans lequel nous vivons, sous de multiples expressions «individuelles» désordonnées... De «ferme ta gueule» à «cause toujours», l’effet reste le même et les vaches, ou plutôt les moutons, sont bien gardés.

Un révolutionnaire chinois aimait dire que sans enquête il n'y a pas de droit à la parole. Cette phrase, qui fait frémir à bon droit nombre de démocrates, ne dit qu’une seule chose: sans politique, sans pratique politique réelle, il n’y a rien à dire et rien à écrire.

Il ne s’agit donc pas ici d’engager le combat, par clavier interposé, contre le capitalisme. Ce combat se livre tous les jours.
Il ne s’agit pas non plus de passer un costume révolutionnaire comme on devient ninja ou chevalier de la lune en se branchant sur une banale console de jeux vidéo.
Le communisme n'est pas un divertissement, ce n'est pas non plus un défouloir ou un dépotoir, c'est une politique qui plonge ses racines dans la lutte des classes, dans ce que nous vivons tous les jours, au travail et en dehors.

Mais pour le penser, il faut faire émerger les fragments de cette réalité de lutte, désordonnés et éparpillés, que camoufle l’idéologie dominante et ses avatars de toutes «opinions». Rendre visible l'invisible, ce dont personne ne parle : à commencer par la violence de l'exploitation que nous subissons.

Il s’agit de mener la lutte des classes au niveau des idées comme on la mène sur tous les terrains. L’emploi du «je» dans certains articles n’implique aucune rupture avec le «nous» que nécessite l’organisation des révolutionnaires, il démontre plutôt que la politique communiste doit aussi se vivre à l’intérieur de chaque sensibilité particulière, malgré ou à cause des tiraillements qu’elle impose.

L’activité théorique, la lutte théorique doit faire partie de notre quotidien, pour comprendre la situation dans laquelle nous sommes. L’humilité de celui qui apprend doit remplacer l’ironie de celui qui sait ou qui croit savoir, il faut combattre la prétention des militants à s'exprimer sur tout mais à ne rien étudier vraiment.

Le capitalisme n'impose pas seulement une division économique, il impose également une division du travail entre les manuels et les intellectuels. Cette division se reproduit y compris au niveau des structures militantes. Il y a, en France comme ailleurs, une activité militante débordante et multiforme, à quel moment prend-elle appui sur le théorie communiste pour l'approfondir et pour l'améliorer?

Quant aux communistes, à quel moment fondent-ils leur réflexion sur la pratique réelle des luttes de la classe qu'ils se proposent de défendre?

C'est de ce lien entre l'activité pratique et théorique que dépend aujourd'hui la possibilité de fonder ou de refonder une politique révolutionnaire. C'est pour cela qu'il faut débattre, critiquer, s'informer et se former. C'est pour cela qu'il faut se construire un point de vue. C'est pour cela que culture clash existe.

 
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