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Réagissez, contactez-nous, écrivez nous, c'est ensemble que nous pourrons construire une politique au service des exploités, une politique qui mène de la résistance à la révolution.
Quand les ouvriers de Berlin se soulevèrent, l'écrivain communiste Bertolt Brecht s'empressa de faire parvenir au gouvernement une lettre où il lui exprimait sa solidarité. En même temps, dans un texte non publié, Brecht analysait ainsi la situation :
«Les manifestations du 17 juin ont montré le mécontentement d'une partie considérable des ouvriers de Berlin à la suite d'une série de mesures économiques manquées. Des éléments fascistes organisés ont essayé d'abuser de ce mécontentement pour arriver à leurs fins meurtrières.
Pendant plusieurs heures Berlin s'est trouvé au bord d'une troisième guerre mondiale.
Seule l'intervention rapide et décisive des troupes soviétiques a permis de déjouer cette tentative. Il allait de soi que cette intervention des troupes soviétiques n'était nullement dirigée contre les manifestations ouvrières. Elle visait exclusivement ceux qui essayaient d'allumer dans le monde un nouvel incendie. Il appartient maintenant, à chacun de son côté, d'aider le gouvernement à éliminer les erreurs qui sont à l'origine du mécontentement et qui mettent gravement en péril nos importants acquis sociaux, qui sont indubitables.»
Brecht, bien entendu, voyait la cause des grèves dans la tentative du gouvernement d'accroître la production. Il dénonçait également l'instrumentalisation des artistes à des fins de propagande... il recevait lui-même 3.000 marks nets, environ dix fois que le salaire moyen. Il concluait sa lettre au chef du gouvernement Walther Ulbricht par un message de solidarité envers le parti. Cependant c'est seulement ce message de solidarité que le gouvernement publia dans le Neues Deutschland du 21 juin 1953, ce qui le discrédita. Il prit ensuite position pour réclamer un débat avec les ouvriers, il écrivit également ce poème, intitulé La solution.
Après l'insurrection du 17 juin,
Le secrétaire de l'Union des Ecrivains
Fit distribuer des tracts sur la Stallinallee.
Le peuple y lisait-on, a par sa faute.
Perdu la confiance du gouvernement
Et ce n'est qu'en redoublant d'efforts
Qu'il peut le regagner. Ne serait-il pas
Plus simple alors pour le gouvernement
De dissoudre le peuple
Et d'en élire un autre?
Pourquoi
culture clash? Internet déborde déjà d’une multitude de blogs qui décrivent chacun leur petite parcelle de réalité... on s’y raconte, on s’y rencontre et on s’y met en scène. Le capitalisme a
compris depuis longtemps que la libre circulation des «opinions» ne le menace pas. Dans les faits, il s’agit simplement de masquer la brutalité de l’idéologie dominante, de ce qui fonde la
reproduction du système dans lequel nous vivons, sous de multiples expressions «individuelles» désordonnées... De «ferme ta gueule» à «cause toujours», l’effet reste le même et les vaches, ou
plutôt les moutons, sont bien gardés.
Un révolutionnaire chinois aimait dire que sans enquête il n'y a pas de droit à la parole. Cette phrase, qui fait frémir à bon droit nombre de démocrates, ne dit qu’une seule chose: sans politique, sans pratique politique réelle, il n’y a rien à dire et rien à écrire.
Il ne s’agit donc pas ici d’engager le combat, par clavier interposé, contre le capitalisme. Ce combat se livre tous les jours.Mais pour le penser, il faut faire émerger les fragments de cette réalité de lutte, désordonnés et éparpillés, que camoufle l’idéologie dominante et ses avatars de toutes «opinions». Rendre visible l'invisible, ce dont personne ne parle : à commencer par la violence de l'exploitation que nous subissons.
Il s’agit de mener la lutte des classes au niveau des idées comme on la mène sur tous les terrains. L’emploi du «je» dans certains articles n’implique aucune rupture avec le «nous» que nécessite l’organisation des révolutionnaires, il démontre plutôt que la politique communiste doit aussi se vivre à l’intérieur de chaque sensibilité particulière, malgré ou à cause des tiraillements qu’elle impose.
L’activité théorique, la lutte théorique doit faire partie de notre quotidien, pour comprendre la situation dans laquelle nous sommes. L’humilité de celui qui apprend doit remplacer l’ironie de celui qui sait ou qui croit savoir, il faut combattre la prétention des militants à s'exprimer sur tout mais à ne rien étudier vraiment.
Le capitalisme n'impose pas seulement une division économique, il impose également une division du travail entre les manuels et les intellectuels. Cette division se reproduit y compris au niveau des structures militantes. Il y a, en France comme ailleurs, une activité militante débordante et multiforme, à quel moment prend-elle appui sur le théorie communiste pour l'approfondir et pour l'améliorer?
Quant aux communistes, à quel moment fondent-ils leur réflexion sur la pratique réelle des luttes de la classe qu'ils se proposent de défendre?
C'est de ce lien entre l'activité pratique et théorique que dépend aujourd'hui la possibilité de fonder ou de refonder une politique révolutionnaire. C'est pour cela qu'il faut débattre, critiquer, s'informer et se former. C'est pour cela qu'il faut se construire un point de vue. C'est pour cela que culture clash existe.