"Cette maladie toute spéciale qui, depuis 1848 a sévi sur le continent, à savoir le crétinisme parlementaire, qui relègue dans un monde imaginaire ceux qui en sont atteints et leur enlève toute intelligence, tout souvenir et toute compréhension pour le rude monde extérieure" Karl Marx, La 18 brumaire de Louis-Napoléon Bonaparte, 1852
La campagne régionale touche à sa fin et jamais les gens n'ont semblé aussi indifférents à ce qui va se passer ou plutôt ne pas se passer ce week-end.
Force est de constater pourtant que les programmes des uns et des autres n'ont jamais été aussi concrets et aussi réalistes. Il suffit d'ouvrir n'importe quel journal pour s'en convaincre... en
mesurant l'insignifiant jus de crane dépensé depuis quelques mois en péroraisons techniques et en expertises inutiles.
Prenons quelques propositions au hasard, l'inventaire, authentique, est édifiant : création d'une brigade de policiers chargés des lycées (vraisemblablement équipés de bombes lacrymogènes goût
malabar), construction d'usines propres fabricants des panneaux photo-voltaïques, conditionnement des aides aux entreprises pour assurer un "mieux-disant" social, développement de pôles aériens
innovant pour favoriser les technologies du futur (avions électriques ou à énergie solaire), relocalisation des entreprises par une fiscalité attractive, création d'un pôle spécifique d'aide aux
PME/PMI...
Devant une telle débauche, on se demande bien pourquoi les gens vont rester chez eux dimanche plutôt que d'aller saluer de telles prouesses d'imagination. Et moins ils votent, plus ceux qui
veulent les représenter en rajoutent une couche dans la proposition "concrète", persuadés qu'ils sont d'être modernes et de leur parler vraiment de ce qu'ils vivent.
A l'idéologie sécurisée de la réussite par le mérite, du marché et de la concurrence, régulés par l'Etat et ses finances généreuses, s'oppose donc.... une idéologie un peu plus sociale,
permettant la réussite du plus grand nombre, dans le cadre d'un marché régulé par l'Etat et par ses finances encore plus généreuses.
Le tout à grandes louches d'utopies plus ou moins vagues, puisque c'est à cela que servent les utopies... pour faire court: la droite compte sur l'identité nationale de la Fance éternelle et la
gauche s'attache plutôt à nous redonner "l'espoir".
Quelques happening sont quand même venus exciter ces débats aussi passionnants qu'une soirée-mousse au sénat. Ils ont tous en commun ce racisme grossier qui devient la caractéristique
principale de la société française, mais aussi la hauteur d'esprit qui anime sa classe politiques : des commentaires de George Frèche aux épluchages de casiers judiciaires, en passant par la
présence de candidates voilées, la pente a été rude et le chemin tortueux pour tenter de gagner les coeurs et les esprits.
Et si l'on regarde d'un petit peu plus prés les listes on se rend également compte que, par-delà les étiquettes, elles sont socialement parfaitement homogènes . En Limousin, la seule tête de
liste issue des "milieux populaires", comme disent les sociologues, est celle du Front National, il y a également un ingénieur, un architecte, un directeur de journal, tous les autres sont
enseignants. Normal finalement... puisqu'en Limousin, comme ailleurs, il n'y a plus d'ouvriers.
Des ouvriers qui n'existent pas mais qui ont pourtant continué leur campagne eux aussi, de grèves en grèves, en attendant les plans sociaux qui ne vont tarder à tomber, le patronat ayant toujours
la délicatesse de ne pas perturber la bonne marche des consultations citoyennes.
C'est finalement le triomphe du capitalisme d'avoir su imposer sa règle comme le socle de toute modernité ou de tout changement réaliste. Et c'est ce triomphe là qu'étale, en le tartinant un peu
partout, cette campagne qui n'a rien de politique, puisqu'elle renvoie la population à un rôle aussi passif qu'accessoire. Qu'importe en effet que ce suffrage n'ait rien d'universel, qu'importe
que l'abstention explose : les élus de dimanche se verront vraiment comme les représentants du peuple.
Refuser le jeu, c'est refuser les règles de l'adversaire : l'horizon indépassable du capitalisme, la concurrence et l'inégalité qui lui permettent de se déployer. Aujourd'hui, il n'y a guère que
dans les luttes que s'exprime véritablement cette politique, que s'exprime la politique. Et si les gens ne votent pas c'est simplement, que, chacun dans leur rôle, les partis institutionnels ont
réussi à disqualifier l'idée même d'un changement possible alors que la situation sociale n'en finit plus d'être intenable.
Personne n'a de solution sur ce qui peut ou sur ce qui doit se passer. Ce qui est concret par contre, c'est d'écouter ce qui s'exprime réellement, la sourde révolte qui grandit un peu partout et d'apprendre de ces luttes qui ont lieu, comme on peut leur apprendre à se renforcer jusqu'à une rupture radicale avec l'ordre du marché. Un ordre que défendent tous les apôtres modernes du capitalisme régulé, tous les experts du concret qui sont, concrètement, de simples rouages de ce système qui les fait vivre.

Pourquoi
culture clash? Internet déborde déjà d’une multitude de blogs qui décrivent chacun leur petite parcelle de réalité... on s’y raconte, on s’y rencontre et on s’y met en scène. Le capitalisme a
compris depuis longtemps que la libre circulation des «opinions» ne le menace pas. Dans les faits, il s’agit simplement de masquer la brutalité de l’idéologie dominante, de ce qui fonde la
reproduction du système dans lequel nous vivons, sous de multiples expressions «individuelles» désordonnées... De «ferme ta gueule» à «cause toujours», l’effet reste le même et les vaches, ou
plutôt les moutons, sont bien gardés.
Un révolutionnaire chinois aimait dire que sans enquête il n'y a pas de droit à la parole. Cette phrase, qui fait frémir à bon droit nombre de démocrates, ne dit qu’une seule chose: sans politique, sans pratique politique réelle, il n’y a rien à dire et rien à écrire.
Il ne s’agit donc pas ici d’engager le combat, par clavier interposé, contre le capitalisme. Ce combat se livre tous les jours.Mais pour le penser, il faut faire émerger les fragments de cette réalité de lutte, désordonnés et éparpillés, que camoufle l’idéologie dominante et ses avatars de toutes «opinions». Rendre visible l'invisible, ce dont personne ne parle : à commencer par la violence de l'exploitation que nous subissons.
Il s’agit de mener la lutte des classes au niveau des idées comme on la mène sur tous les terrains. L’emploi du «je» dans certains articles n’implique aucune rupture avec le «nous» que nécessite l’organisation des révolutionnaires, il démontre plutôt que la politique communiste doit aussi se vivre à l’intérieur de chaque sensibilité particulière, malgré ou à cause des tiraillements qu’elle impose.
L’activité théorique, la lutte théorique doit faire partie de notre quotidien, pour comprendre la situation dans laquelle nous sommes. L’humilité de celui qui apprend doit remplacer l’ironie de celui qui sait ou qui croit savoir, il faut combattre la prétention des militants à s'exprimer sur tout mais à ne rien étudier vraiment.
Le capitalisme n'impose pas seulement une division économique, il impose également une division du travail entre les manuels et les intellectuels. Cette division se reproduit y compris au niveau des structures militantes. Il y a, en France comme ailleurs, une activité militante débordante et multiforme, à quel moment prend-elle appui sur le théorie communiste pour l'approfondir et pour l'améliorer?
Quant aux communistes, à quel moment fondent-ils leur réflexion sur la pratique réelle des luttes de la classe qu'ils se proposent de défendre?
C'est de ce lien entre l'activité pratique et théorique que dépend aujourd'hui la possibilité de fonder ou de refonder une politique révolutionnaire. C'est pour cela qu'il faut débattre, critiquer, s'informer et se former. C'est pour cela qu'il faut se construire un point de vue. C'est pour cela que culture clash existe.